Restauration de la collégiale Saint-Barthélemy

Le projet de restauration du cabinet p. HD (1999-2005)

image de la collégiale Saint-Barthélemy - avant et aprèsArrivé jusqu’à nous dans un état de dégradation avancé, le monument est emblématique du paysage urbain, ancré dans la mémoire collective et dans l’histoire de la cité.

Pour l’architecte, l’héritage est difficile : tant d’illustres confrères s’y sont succédé pour le restaurer, et le pouvoir politique -« maître du jeu »- craint les restaurations trop voyantes.

Il fallait conjuguer tous ces paramètres… Mais saint Barthélemy nous inspira.

Fils de Ptolémée, saint Barthélemy subit tous les outrages des martyrs : lapidé puis brûlé pour les uns, noyé et décapité, ou crucifié et dépiauté pour les autres, il fut surtout écorché vif. Dans un curieux mimétisme, ce martyr est aussi celui du monument auquel il a donné son nom. A l’image de son saint protecteur, l’édifice fut dépiauté par le temps et l’incurie de l’homme ; sa chair est à vif.

Près de neuf siècles de vie étaient à panser en cinq ans.

Outre les problèmes inhérents au fonctionnement de l’église comme bâtiment cultuel et culturel, deux grands problèmes devaient être résolus : son enveloppe extérieure (son épiderme, pour faire écho à la précédente métaphore) et son décor intérieur.

Le mur nu dont nous avons hérité était le produit du goût des architectes des XIXeme et XXeme siècles pour le « matériau authentique », fausse image profondément ancrée dans la tradition, renforcée par le mépris du décor des architectes du Bauhaus et des suiveurs de Le Corbusier. Toutefois le monument montrait un vocabulaire et une grammaire stylistique similaires à ceux de la Rhénanie avec ses églises peintes et cette architecture scandée par des jeux subtils de lésènes, d’arcades et d’arcatures, mais ici complètement rongées par les siècles.

Les études préalables ainsi que les relevés pierre à pierre nous aidèrent à comprendre l’édifice et à lui rendre son aspect premier. L’étude iconographique nous montrait, parmi de nombreux documents souvent postérieurs au XVIeme siècle, une volumétrie romane. Les études archéologiques et historiques nous ont permis de découvrir des traces d’enduits nombreuses derrière des bouchages plus récents. Les modifications des époques postérieures à la construction romane n’avaient pas fondamentalement changé la physionomie de l’église.

L’analyse des pierres (le grès houiller principalement) a confirmé de multiples dégradations, mais aucune méthode ne permettait une stabilisation du matériau et, en corrolaire, la stabilité même de l’édifice était devenue aléatoire. Des pans entiers de façade menaçaient de s’écrouler.

Toutes ces recherches ont permis d’établir des apparentements clairs avec l’architecture de la vallée de la Lahn en Allemagne. Les exemples de restitution (Saint-Georges à Limburg, Saint-Christophe à Ravensgiesburg) et les contre-exemples de restauration « didactiques » (Saint-Servais à Maestricht) ont alimenté notre réflexion.

Ces exemples nous ont convaincus de proposer une restauration en quatre points :

image de la coloration de la collégiale Saint-Barthélemy LiègeCes exemples nous ont convaincus de proposer une restauration en quatre points :

  • Un relevé pierre à pierre afin de documenter définitivement toutes les formes anciennes du bâti et de permettre une analyse syntaxique des éléments décoratifs ;
  • Le remplacement des éléments structurels (lésènes, arcatures,… ) par des éléments à l’identique ou simplifiés lorsque trop illisibles, en grès plus durable mais de même qualité (densité et résistance) ;
  • La pose d’enduit à base de chaux sur les façades (pierres anciennes et nouvelles) afin de gommer les différences chromatiques engendrées par les différentes transformations de la maçonnerie, et simultanément renforcer sa pérennité ;
  • Polychromie de l’ensemble dans une gamme proche et historiquement confirmée de celle des églises allemandes de la même époque ;

Pour l’intérieur les interventions peuvent se résumer en trois points :

  • Maintien des décors baroques et recherche d’une polychromie à base de faux marbres. En effet, le lecture critique de l’étude préalable ne permet pas de confirmer le blanchiment de l’église, sinon à partir de 1789.
  • Mise en valeur des découvertes archéologiques par la création de fenêtres, en évitant au mieux la perturbation de la lisibilité des décors baroques ;
  • Remise en fonction des éléments démontés au cours du temps : l’orgue de Merklin dans la dernière travée de la nef centrale, et le carillon dans la tour Sud ;

Enfin, dans le but de répondre aux demandes de fonctionnalité moderne :

  • Construction d’un bâtiment d’entrée au Sud contenant l’accueil, les toilettes, … et peut-être dans l’avenir construction d’un espace lapidaire et didactique au Nord, pouvant contenir les éléments démontés des façades et les différentes découvertes faites lors des fouilles.

Fallait-il aller si loin dans la restitution ?

Les uns crieront au plagiat, à l’erreur ! Les autres se réjouiront de voir renaître un monument en voie de destruction.

Les architectes ont voulu se tenir loin des dogmes, des écoles, des mouvements intellectuels, pour se limiter à une lecture précise du bâti.

Le monument et rien d’autre que le monument.

Il fallait décider, et le choix fut difficile. Ruine ou résurrection ? Ce choix fut pris collégialement, avec les archéologues, les historiens et historiens de l’art, les techniciens, et le pouvoir politique. Des éminences furent consultées. Toutes penchaient pour la solution proposée.

On rendait ainsi à l’église son unité formelle et stylistique.

Le temps sera le juge de notre travail et de la justesse de notre démarche…